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      Thème : Glossaire
      1ère publication: 23.11.2022       Dernière mise à jour: 15.03.2023

Glossaire

Termes et concepts utiles, par ordre alphabétique

ACV - Analyse du Cycle de Vie : méthodologie utilisée pour réaliser un bilan environnemental multicritère d'un système.
En anglais, l'ACV est nommé "Life-cycle assessment" ou "Cradle-to-grave".

Anthropomasse : la masse d’objets créés par l’Homme. Une étude affirme que le poids des objets fabriqués par les humains dépasserait depuis 2020 celui de l’ensemble de la biomasse terrestre. 1.100 milliards de tonnes pour l'Anthropomasse, en constante augmentation, et environ 1000 milliards de tonnes pour la biomasse, elle en régression.

Anthropophonie : tout son produit par des êtres humains ou leurs créations. L'anthrophonie soulève le problème de l'omniprésence des bruits issus des activités humaines. Depuis la fin du 20e siècle, la difficulté de trouver des lieux extérieurs à l'abri de l'anthropophonie augmente. Le terme concerne ainsi toute pollution sonore, y compris celle présente dans les océans.
Sources majeures de l'anthrophonie : machines à énergie fossile tels qu'engins de chantier et agricoles, véhicules de transport terrestre, aérien, maritime...

Biosphère : ensemble des organismes vivants et de leurs milieux de vie, c'est-à-dire la totalité des écosystèmes inclus dans la lithosphère, l'hydrosphère et l'atmosphère.

Carbo-fascisme : conceptualisé par l'historien et chercheur au CNRS Jean-Baptiste Fressoz en octobre 2018, ce terme décrit la volonté de certains dirigeants de la planète de délaisser la lutte en faveur de l'environnement et contre le réchauffement climatique. Voir également petro-fascisme.

Capitalocène : terme utilisé par certains scientifiques pour désigner l’ère géologique actuelle, débutant avec le développement du système capitaliste, qui serait marquée par l’influence sur la biosphère et le climat des hommes pris dans un certain mode de production.

Climatocentrisme : terme dénonçant la posture qui consiste à limiter le sujet écologique à la seule problématique du dérèglement climatique. Le climatocentrisme peut être volontairement utilisé pour occulter les autres sujets écologiques (baisse de la biodiversité etc), par exemple pour orienter un débat vers le solutionnisme technologique.

Collapswashing : "toute communication qui occulte les effets indésirables ou contre-productifs des stratégies dont l’ambition est de pallier les risques de déclin ou d’effondrement." - Terme proposé par Vincent Mignerot.

Cornucopien (du latin cornu copiae : « corne d'abondance ») : personne qui estime que les innovations technologiques permettront à l'humanité de subvenir éternellement à ses besoins matériels, eux-mêmes considérés comme sources de progrès et de développement (voir cornucopianisme).

Coût social du carbone (CSC) : le CSC est une tentative de calculer, pour l'émission d'une tonne de carbone, le coût pour la société, lié aux impacts du dérèglement climatique. Le terme anglais est "social cost of carbon" (SCC).

Craftwashing : le craftwashing est similaire au greenwashing, une stratégie de marketing/communication pratiquée par les entreprises qui consiste à mettre en avant des actions écologiques pour se donner une image éco-responsable auprès du public, alors que la réalité ne correspond pas ou peu. Dans le cas du craftwashing, il s'agit d'ajouter une touche plus ou moins grande d’authenticité feinte, inspirée par exemple des codes du « fait maison » ou de l’artisanat. L'objectif est de casser l’image négative et industrielle de la grande distribution et des multinationales.

Déconsommer : définition la plus courante : «Cesser de consommer de façon évitable ou superflue». Mais aussi : «Renoncer à des produits écocides.»

Décroissance : concept politique, économique et social prônant une réduction de la consommation. Né dans les années 1970, il s'appuie sur l'idée que la croissance économique (mesurée par des macro-indicateurs tels que le produit intérieur brut / PIB ou le niveau de population) ne garantit pas (voire contrecarre) l'amélioration des conditions de vie de l'humanité et la soutenabilité du développement.
Définition alternative : "réduction planifiée et démocratique de la production et de la consommation dans les pays riches, pour réduire les pressions environnementales et les inégalités, tout en améliorant la qualité de vie."
Autre définition proposé par Vincent Liegey : "La décroissance c'est sortir de notre modèle de société capitaliste, productiviste, consumériste et questionner quels sont nos besoins fondamentaux et comment on y répond de manière soutenable et souhaitable."

Dérégulocène : "Époque à partir de laquelle les capacités d’emprise progressivement acquises par une espèce particulière n’ont plus été régulées par les interactions de cette espèce avec l’ensemble du vivant, l’influence de cette espèce sur la biosphère devenant peu à peu identifiable et susceptible de marquer la lithosphère." - Terme proposé par Vincent Mignerot.

Descente énergétique : ce terme s'est imposé par les scénarios énergétiques abordant le déclin des ressources d'énergies fossiles. La descente énergétique, par opposition aux scénarios techno-utopistes, décrit le processus de déclin inévitable de la consommation d'énergie, aussi bien au niveau mondial qu'individuel. Il s'agit d'un des sujets centraux dans les mouvements pour la transition (Transition Town etc) : anticiper et planifier au mieux la descente énergétique plutôt que la subir. Plus un pays s'est rendu dépendant de l'énergie et des fossiles (modes de vie énergivores), plus il est concerné par une descente énergétique et la difficulté de la gérer. Cette descente implique d'autres phénomènes : déclin de la mondialisation, déclin matériel...

Durabilité faible : la durabilité dite "faible", est la notion de durabilité compatible avec les économistes néoclassiques : l'hypothèse est faite qu'il y a substitution entre capital artificiel (richesse créée) et capital naturel (ressource naturelle). On parle aussi de substituabilité. Les stocks de capital seraient au nombre de trois : l’environnement, l’économie et la société. Le capital de durabilité se constituerait ainsi de la somme de ces trois stocks de capital, tous substituables.

Durabilité forte : la durabilité forte, est une notion de durabilité qui considère que les trois stocks de "capital" (environnement, économie et société - voir "durabilité faible" ci-dessus) ne sont pas substituables, mais qu’ils doivent être perçus comme complémentaires. La notion de durabilité forte, défendue par Herman Daly (1990) implique que capital naturel et capital artificiel sont complémentaires et non substituables.

Eco-anxiété : ensemble des émotions liées au sentiment de fatalité vis-à-vis du réchauffement climatique, de l'état de la planète, des pollutions... Ces émotions sont aussi bien de l'angoisse, que de la frustration, de la colère, de l'impuissance et de la culpabilité. L'éco-anxiété n'est pas assimilable à une maladie mais à un phénomène social.

Ecologie profonde (deep ecology en anglais), ou écologie radicale, est une philosophie contemporaine qui se caractérise par la défense de la valeur intrinsèque des êtres vivants et de la nature, indépendamment de leur utilité pour les êtres humains. Le philosophe Arne Næss invente l’expression en 1973 : « Le mouvement écologique superficiel et le mouvement profond » (« The Shallow and the Deep Long Range Ecology Movement  »)

Ecomodernisme : l'écomodernisme est une école de pensée environnementaliste qui affirme que les humains peuvent préserver la nature en utilisant des techniques de pointe pour découpler la croissance économique et les impacts anthropiques du monde naturel. Voir le Manifeste écomoderniste.

Effet rebond : théorisé par l’économiste britannique Stanley Jevons en 1865. L'effet rebond explique notamment pourquoi, en optimisant des processus, on entraîne toute une série d'usages nouveaux et cela augmente la demande en énergie, plutôt que la diminuer.

Effondrisme : théorie qui décrit l'effondrement de la civilisation thermo-industrielle. Voir collapsologie. A distinguer de "déclinisme", terme péjoratif désignant un courant d’idées estimant q'un pays est en déclin moral, économique ou culturel.
Voir également cette page consacrée aux concepts en lien avec le terme effondrement.

Flygskam (terme suédois) : en français "avihonte" ou "fly shame" en anglais, soit la honte de prendre l'avion, un transport à fort impact environnemental et très énergivore. Autre terme : "smygflyga" (« voler à la dérobée »), désignant le fait de voler en cachette. Voir "tågskryt".

Gaïa : l’hypothèse Gaïa, énoncée dans les années 1970 par le scientifique britannique James Lovelock correspond à l’idée que la Terre serait un organisme vivant unissant l’ensemble des êtres en son sein.

Grande accélération : concept faisant référence à la période la plus récente de l'Anthropocène - l’explosion du développement humain depuis les années 1950.

Greenwashing : ou "écoblanchiment" - récits positifs faussement écologiques - "solutions" qui n'en sont pas : donner l'illusion de diminuer ou supprimer l'impact environnemental.

Illimitisme : vise à conjurer les limites de la Terre et les menaces d’effondrement (notamment climatique) par la croyance en la toute puissance de l’innovation, incarnée par le transhumanisme. L'illimitisme, en tant qu'idée que "l’innovation va nous sauver", est jugée par l'historien Johann Chapoutot comme "une modalité délirante du déni".

Low-tech : technologies issues d'une décomplexification et d'une moindre dépendance à la mondialisation et aux ressources lointaines. La low-tech prône d'"entrevoir une vie plus sobre, qui fonctionne grâce à l’intelligence de l’humanité en s’affranchissant le plus possible d’un système mondialisé et de technologies asservissantes." (Philippe Bihouix)
La low-tech invite au techno-discernement (qui s'oppose à la techno-utopie) et invite à repenser nos usages et consommation matérielles.

Polycrise : terme proposé par Edgar Morin, ré-employé par J-C. Juncker en 2016 puis par Adam Tooze lors du WEF de 2023. "Polycrisis" en anglais. Pour E.Morin, une polycrise est un ensemble de "crises imbriquées et qui se chevauchent" ou "l'intersolidarité complexe de problèmes, d'antagonismes, de crises, de processus incontrôlables et de la crise générale de la planète".

Solastalgie : forme de souffrance et de détresse psychique ou existentielle causée par les changements environnementaux passés, actuels ou attendus, en particulier concernant la destruction des écosystèmes, de la biodiversité, et par extension le réchauffement climatique. La solastalgie est liée à un deuil de ce qui est déjà perdu, à distinguer de l'éco-anxiété, liée à ce qui peut arriver.

Tågskryt : néologisme suédois qui définit la fierté de prendre le train, à la place de moyens de transport moins écologiques. Le terme anglais équivalent est "train brag".

Technofanatisme : tendance à placer les technologies et l'innovation technique au cœur du progrès, du développement des sociétés humaines. Rechercher l'innovation technologique pour elle-même.

Technosolutionnisme ou solutionnisme technologique, est la confiance (ou croyance) dans les technologies pour résoudre un problème souvent créé par des technologies antérieures. Le terme techno-solutionnisme a été proposé par le chercheur Evgeny Morozov. Selon ce concept, tous les problèmes pourraient trouver des solutions dans des technologies meilleures et nouvelles. Le terme est souvent utilisé comme une expression condescendante pour décrire des solutions hypothétiques ou inappropriées. On parle également de "techno-optimisme", de confiance excessive en l'innovation technologique pour régler un problème. Voir l'école de pensée nommée "écomodernisme".
Evgeny Morozov est l'auteur du livre "Pour tout résoudre cliquez ici : L'aberration du solutionnisme technologique" publié en 2013.

Techno-utopie : idéologie fondée sur la prémisse que les progrès de la science et de la technologie peuvent et doivent déboucher sur une réalité idéale et sans défaut. Les critiques de la techno-utopie affirment que l'identification du progrès social au progrès scientifique par la techno-utopie est une forme de positivisme et de scientisme. Le critique culturel Imre Szeman soutient que l'utopie technologique est un métarécit irrationnel car il n'y a pas de preuve pour le soutenir et conclut que l'utopie technologique illustre à quel point les sociétés modernes font confiance au progrès pour surmonter les problèmes. (source : wikipédia) Voir également "messianisme technologique" ou "techno-messianisme"

Thanatocène : l’historien Jean-Baptiste Fressoz a proposé en 2013 ce terme, issu de "Thanatos", dieu de la Mort dans la mythologie grecque, pour décrire le rôle historique des guerres industrielles, de leurs technologies, dans le basculement environnemental du monde.

Transition écologique : ensemble des changements imprimés au modèle économique et social dans le but de répondre aux exigences de durabilité et de réduire l’empreinte écologique de la société. Voir également le mouvement des villes en transition.

Transition énergétique : théorie selon laquelle il est possible d'effectuer un passage progressif et programmé du modèle énergétique actuel (voir société thermo-industrielle), fondé essentiellement sur des énergies non renouvelables, à un bouquet énergétique conforme aux critères du développement durable. Si la transition énergétique est cruciale pour développer une société durable et résiliente, elle n'est qu'un aspect parmi d'autres de la transition au sens large (voir ci-dessus : transition écologique). Actuellement la transition énergétique reste surtout théorique : la part d'énergies fossiles ne décline toujours pas, les sources d'énergies renouvelables ayant tendance à s'ajouter aux sources fossiles, plutôt qu'à les substituer.

Pour aller plus loin :
Liste des néologismes et alternatives au terme "anthropocène"



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