Thème : Résilience
1ère publication: 11.05.2026 Dernière mise à jour: 11.05.2026 Quelle surface de sol pour se nourrir ?
Résilience alimentaire et surface agricole
"Listez vos dépendances. Vous êtes ce dont vous dépendez. Ce dont vous dépendez, plutôt, va définir un territoire"
Bruno Latour
Champs agricoles autour de Chartres, en France, vers 1960 et en 2025 (remonterletemps.ign.fr)
Surfaces de culture nécessaire pour nourrir une personne
Les estimations suivantes concernent l'Europe de l'ouest et les USA.
1000 à 1500 m2 d'après un traité Rustica de 2005 (alimentation végétale uniquement)
D'après ce traité un jardin de 250 m2 peut répondre aux besoins de fruits et légumes d'une famille de 4 personnes. Pour une production complète en céréales, oléagineux, légumes et fruits, le traité estime que 1500 m2 par personne est suffisant, soit 6000 m2 pour une famille de 4 personnes.
Il s'agit dans ce cas d'un régime alimentaire vegan.
5000 m2 (un demi-hectare) d'après l'étude de Norman Myers The next green revolution: Its environmental underpinnings (1999) D'après l'auteur, de rares pays disposent de plus de 2 500 m2 par habitant et il fixe à 700 m2 le minimum vital pour une alimentation végétarienne (en supposant une agriculture très performante).
4800 m2 dans l'étude de David Pimentel (Cornell University) dans le cas des USA avec leur régime alimentaire de l'époque (1994).
Entre 1200 et 7519 m2 d'après l'ADEME. En 2020, l'étude de l'ADEME calcule une "empreinte sol moyenne d’un Français" de 1200 à 5 300 m2 selon la nature de son régime (plus ou moins végétarien ou carné), dans le cas de l'agriculture conventionnelle… Surface de 1616 m2 à 7519 m2 en agriculture bio.
1000 m2 au minimum, pour l'association "Le sens de l'humus" (Paris, 2007)
1 800 à 8 600 m2 d'après l'étude de Christian J. Peters (2007) pour l'état de New-York. Dans cette étude, la forte variabilité de la surface nécessaire dépend du mode d'alimentation de la personne. Le mode d'alimentation carnée, mais aussi certains modes végétariens riches en gras accaparent bien plus de surface.
Par ailleurs, 150m2 de permaculture intensive optimisée, avec un potager de 50m2 permettrait de produire 300 kg de fruits et légumes, d'après l'expérience d'un permaculteur amateur installé en ville (Joseph Chauffrey).
Calculateur de surface agricole nécessaire pour nourrir les habitants d’un territoire en France :
►
calculateur - ResilienceAlimentaire.fr
Chiffres mondiaux
La
surface agricole utilisée mondialement représente 4,9 milliards d’hectares, soit 38 % de la surface des terres émergées planétaires. D'après Wikipédia :
4500 m2 de terre étaient cultivés en moyenne en 1961 pour alimenter une personne.
2000 m2 sont seulement utilisés en 2011, conséquence de la croissance de la productivité à l'hectare (augmentation des rendements et augmentation de l'intensité culturale).
Cette diminution de surface par personne a été rendue possible par une dépendance aux intrants (en partie de synthèse), à une utilisation généralisée de produits chimiques (herbicide, fongicide, pesticide), à la déforestation (cultures sur un ancien sol forestier riche) et pose la question de la surexploitation et de l'épuisement des sols.
Par ailleurs le
gaspillage alimentaire accapare environ 1,4 milliard d'hectares de terres, soit 28 % des surfaces agricoles planétaires (pour 3,3 milliards de tonnes de CO2 émis).
Nourrir les machines est en concurrence directe avec nourrir les humains : les milliards de moteurs à combustion encore utilisés dans le monde ont incité au développement des
biocarburants, et une majorité entre en concurrence avec les cultures agricoles nourricières pour l'humain.
C'est d'autant plus dramatique que les rendements des moteurs à explosions de véhicules terrestres (
20 à 35 %) et des turboréacteurs de l'aviation sont bas et engendrent un gaspillage énergétique permanent.
Durabilité, dépendance aux intrants
Un facteur déterminant reste le mode d'alimentation : plus il est carné, plus la surface nécessaire sera importante. Diminuer la consommation de viande de 25% en Europe permettrait une forte diminution d'usage des sols pour nourrir la population.
Les différences de surfaces entre bio et conventionnel sont significatives : néanmoins d'autres facteurs sont à considérer, comme la problématique de l'épuisement du sol à long terme, la dépendance supérieure aux intrants du conventionnel, l'impact sur la biodiversité...
Dans un projet de résilience alimentaire familiale, un facteur essentiel à ne pas négliger : le temps disponible. Le travail à accomplir pour l'entretien et le suivi de centaines de m2 de potager et cultures est important.
Pour aller plus loin :
►
La question pour laquelle on n’a pas (franchement) de réponse (Revue Sesame - 2025)
►
Quelle résilience alimentaire pour Nantes Métropole ? (ResilienceAlimentaire.fr - 5 janvier 2025)
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